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Dernier film de la semaine archi, qui se finit en beauté avec neuf d'entre vous pour Play Time : merci à vous !

Pour le commentaire du film, je vous mets le compte-rendu très complet de Gino, le projectionniste de la soirée et je vous renvoie au lien de Marianne qui est très intéressant. Je rajouterais juste que j'ai bien aimé ce film, même si on est d'accord que le rythme aurait pu être un peu plus soutenu par moment ^^

Ce film était très pertinent pour cette semaine archi car il s'agit d'une critique amusée de l'architecture moderne, toute en verre, froide et déshumanisante. Les gags sur l'utilisation déraisonnée du verre sont légion. Cependant, celui qui m'a le plus marqué visuellement est celui où M. Hulot rentre dans l'ascenseur du building de bureaux, une lumière chaude s'allume et la porte se ferme d'emblée, comme si le personnage s'était retrouvé piégé dans un four ! Une belle métaphore qui sert à merveille la thèse du film.

Et voici le compte rendu évoqué :

Play Time (par Gino)


En salle Ciné, Lundi 28 Mars 2011, 21h20

Temps : nuageux -  pluvieux , 8°C
La Fluence : Treize personnes (dont neuf du club Archi) 
Note :
il s'agit quasiment d'un record de fluence pour les proj' du Lundi. Merci les archis !


Le stock de pop-corn :
1,5 pot de sucré ; 1,2 pot de salé

Le stock de coca : une demi-bouteille.

La Nalyse : Play Time, ou une récréation que nous offre Jacques Tati à travers ce film. Un pur divertissement, qui s'amuse à dynamiter les conventions cinématographiques puisque tout ce qui d'ordinaire revêt une importance capitale dans le Cinéma est relégué ici au second plan : dialogues inaudibles assimilables à un bruit de fond mis en sourdine pour masquer le silence ; intrigue sans relief qui n'est finalement qu'anecdotique, acteurs tous noyés au rang de simple figurants... L'univers de Tati est donc bien présent, avec l'inimitable M. Hulot joué par Tati himself, et l'on retrouve certains éléments qui avaient été développés dans ses films plus anciens (cf le bruit des portes vitrées qui font "TONG !" quand on les ferme et qui est l'objet d'un gag de trois minutes dans le restaurant de la plage dans Les vacances de M. Hulot - 1953)


Ce film est en fait un véritable kaléidoscope puisque, au-delà de son caractère ludique, il agit comme un filtre sur la réalité et propose différents regards sur des phénomènes de sociétés :
- critique d'un modernisme envahissant et abrutissant (cf scène de l'aspirateur avec les phares ou de la porte qui claque sans bruit lors de l'exposition)
- critique de la société de consommation (cf scènes où les figurants dans le salon d'exposition s'entremêlent et vont dans tous les sens)
- critique des architectures modernes, jugées impersonnelles (les tonalités grises-beige sont omniprésentes) et peu ergonomiques (cf scène au début du film où un représentant vient rencontrer M. Hulot après avoir mis une minute trente pour traverser un couloir à comparer avec la scène où l'on voit tous les boxes dans lesquelles travaillent les standardistes qui sont donc confinés dans ces petits espaces). La ville est en fait mise en scène comme dans Metropolis de Fritz Lang
- éloge de la vie parisienne traditionnelle et festive des années 60, à travers les scènes de fête durant la nuit, mais surtout lorsqu'à la fin, Tati rompt avec ce qu'il a filmé auparavant et recentre sa caméra sur les ouvriers qui démarrent leur journée en buvant leur premier café de la journée ou lorsque le vieux Paris est filmé et entre en opposition avec les immeubles froids et impersonnels du début du film.


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Vous l'aurez compris, Play Time est en fait un film qui se mérite, qui ne doit pas être regardé de manière passive.  Toute la richesse du film se dégage à partir d'éléments cachés qu'il faut savoir repérer et interpréter. Même les gags burlesques qui jalonnent le film apparaissent à l'écran sans jamais être exagérés et se déroulent nonchalamment (cf scène de fête dans le restaurant où un serveur donne l'apparence de servir à boire aux chapeaux des dames assises à tables).  Pour ceux qui sont restés insensibles à ces messages, il reste l'immense beauté des plans et des couleurs des images :
- on ne peut rester insensible aux perspectives et aux cadres utilisés par Tati pour composer ses plans (cf scène où Tati se retrouve chez son (soi-disant) ami dans un appartement ressemblant à un cube et où l'image est séparée en deux) ;
- on ne peut que s'émerveiller par les jeux de reflets trouvés par Tati (notamment lorsque le Sacré cœur apparaît sur une vitre après que celle-ci ait été entrouverte) ;
- on ne peut qu'aimer les couleurs rouge pimpante ou verte "old school" des véhicules qui circulent dans Paris.
A noter que Tati a d'ailleurs tourné ce film en 70mm, ce qui lui a permis de saisir des plans plus larges et de créer avec succès ces images toutes aussi époustouflantes les unes que les autres.

Finalement, certains prétendent que le cinéma n'était peut-être pas le meilleur moyen d'expression de Tati mais que la photographie aurait largement suffit à produire son effet. Précisément, le cinéma semble nuire à l'œuvre puisque le manque patent de scénario et d'intrigue peut ennuyer le spectateur qui a plus l'impression d'assister à une série d'exercices de photographie parsemés de gags burlesques. Ainsi, malgré tous les efforts entrepris par Jacques Tati pour tourner ce film (construction d'une véritable ville à taille réelle - Tativille - pour tourner les scènes des immeubles et du restaurant ; un budget total pour ce film se situant entre 50 et 100 millions d'euros actuels), le film a connu un échec monumental à sa sortie et beaucoup le décrivent comme un navet. Mais il en reste quelques un, au contraire, à l'instar de David Lynch qui en font l'éloge et placent Play Time au rang de meilleur film du siècle.

En définitive, que ce film nous plaise ou non, là n'est finalement pas la question. Tati a signé indéniablement une déclaration d'amour au cinéma à travers ce film minutieux, méthodique et imposant qui surprend, émerveille ou trouble le spectateur.  Une machine à émotion : il s'agit assurément de la seule chose que l'on puisse exiger du cinéma ...

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Texte d'introduction : Frédéric